Résumé des épisodes précédents

L'ELABO.
En 1997, une dizaine d'artiste de rue ont squatté un hangar dans une friche industrielle à 5mn du centre-ville de RENNES. Ils créent leur association loi 1901, « L'ELABORATOIRE ».
La ville finit par leur louer à deux pas un autre espace pour leur création. Ils créent en 1998 un 1er événement de théâtre de rue, cirque et musique pendant 1 mois, « Elabohème ».
En 2000, l'outil de création élabo s'étend vers un projet de vie. Certains se méfient de ce non-prévu et s' écartent tandis que d'autres, nouveaux, prennent part et s'installent. Équipés de caravanes, ils décident de squatter l'ancien garage poids-lourds au bout de la rue. Ils l'appelleront « LA VILLA MONBROUMPFF » ! le lieu est privé, son propriétaire accepte l'occupation, la mairie se tait.

Le groupe d'artistes reformé accueille à bras ouverts et partage le potentiel du lieu. A cette époque, ils dissocient leur projet de création à l'Elabo et la vie à la Villa, libre, expérimentale, sans limite.
Des personnages de tous horizons viennent peupler « LA VILLA », nous sommes 20 puis 25. Les hangars se remplissent de décor, récup, stockage personnel, réparation mécanique, des ateliers s'organisent. Chacun apporte son art, son idée, son savoir-faire, son matériel, ses outils, ses principes alternatifs. Tandis que certains cessent leur itinérance au contact de chez nous, d'autres construisent au fond des hangars leurs maisons roulantes et partent ... ou ne partent pas.
En 2002, sans électricité, les groupes électrogènes font rechanter la zone industrielle. Le collectif grandit, des réunions « vie quot' » s'imposent. Par nécessité, nous squattons le terrain boisé de derrière la Villa, évitons le procès, et agrandissons notre lieu de vie.
Doucement et non sans mal, LA VILLA intègre l'ELABO dans la définition même de son projet . Des liens se sont crées, des bébés sont nés, ça fusionne, ça bouillonne. De coups de gueule en fou-rires, une histoire exceptionnelle s'écrit.

En 2004, nous organisons une table ronde sous chapiteau et présentons à la ville « LE PROJET DE LE FUTUR ». Celui-ci défend la création artistique alternative, l'autogestion, le lieu de vie sur le lieu de travail, une escale pour les nomades et revendique haut et fort une zone libre et de résistance aux pouvoirs marchands.
Nous intégrons la liste européenne des friches artistiques, ou autrement dit« les nouveaux territoires de l'art » une entre-case dans laquelle nous nous retrouvons sans perdre notre propre identité. Nous sommes décidés à pérenniser notre activité.
En 2006, nous squattons un nouveau terrain cette fois-ci à l'entrée de la rue et imposons à la ville notre volonté d'accueillir, d'accompagner et diffuser les spectacles de compagnies de cirque. Bien qu'ayant une fois de plus agit dans l'illégalité, le service culturel nous appuie. Nous occupons un territoire d'environ 4 hectares avec :
un lieu d'accueil de chapiteaux (1 hectare), un lieu de répétition d'art gestuel (danse, theatre, cirque)400m2, un bureau avec accès internet, presque 2 hectares pour les maisons roulantes ou autres, un bâtiment couvert de 1000 m2 ou s'enchevêtrent moultes ateliers de bidouille, bricolage, sculpture, couture, bois, métal, sérigraphie, un garage avec pont poids-lourds.
Il fait bon vivre à la villa-élabo et pourtant, les tractopelles ne sont pas loin. Nous sommes alors 50 habitants.
Malgré un rapport fréquent et positif avec la ville, elle nous interdit soudainement de diffuser et d'accueillir sous les chapiteaux des Compagnies en résidence prétextant un accord pour 6 mois et pas plus.
Et pourquoi dirons-nous ?
Notre développement semble déranger. Malgré ces freins, nous comptons des centaines d'adhérents, les créations naissent les unes après les autres, nous sommes la proie des étudiants en sociologie, architecture ou en audio-visuel, organisons des évènements variés et développons une alternative qui mérite sa place dans la cité.
Un joyeux bordel comme dit la ville !
Au printemps 2008, un énorme incendie, (criminel ou non on ne le saura jamais), dévaste la moitié des entrepôts et emmène avec lui Joe Sacco ( grand défenseur du droit au mode de vie quel qu'il soit).

Le maire, élu la veille à son poste prononce l'expulsion immédiate. Après 4 années de rapports avec la ville et une extension pareille, on se laisse pas faire et usons de tous les moyens pour se défendre. Nous avons reçu un soutien local, national et européen, sans compter l'appui des médias, qui pour une fois était de notre coté. Nous trouvons un compromis, nous gardons le premier espace elabo de 400 m2, la ville reloge les ateliers plus une partie des habitants, et l'autre s'installe sur l'ex « terrain des chapiteaux ». le collectif compte alors 60 habitants, se retrouve par la force des choses divisé en deux et digère l'indigeste.
Etre ensemble nous donne la force de réagir.
Le nouveau lieu nommé « le 48 », est comme la villa, il est aujourd'hui indispensable à ce qu'est devenu l'élabo, Nous l'investissons dans l'urgence, il nous faudra du temps pour le rendre opérationnel et agréable à vivre.

Dans tout ce malheur, nous avons obtenu un relogement officiel mais sans convention, quelques années de plus pour préparer l'avenir que nous ne connaissons pas. Nous avons aussi pu réaliser que malgré une relation plus proche avec la ville, nous avons su conserver ce que beaucoup de friches ont perdu en s'alliant avec les institutions. Vivre sur place, choisir son habitat, continuer l'autogestion, rester accessible et ouvert à tous ceux à qui l'on ferme les portes qu'il soit artiste, nomade ou juste alternatif.
Depuis 2004, la ville ne nous a toujours rien proposé, la zone que nous occupons se transforme en chantier immobilier, le provisoire et l'éphémère nous colle à la peau, comme au premier jour.
En 2010, ce grand tout existe depuis 13 ans, l'elabo est toujours une terre d'amateurs d'émotions fortes, l'organisation générale a muri, et chacun s'enrichit à son rythme jusqu'à ce qu'il parte.

